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MA FAÇON DE PRATIQUER ET DE VOIR LE SHIATSU

Le shiatsu écoute
la voix de la vague.

FAUT-IL « Y CROIRE » ?

Une histoire d’équilibre, de pleins et de vides

Lorsque l’on me demande s’il « faut croire » au shiatsu, je réponds que le shiatsu est avant tout une histoire d’équilibre, de pleins et de vides. Je peux observer, réfléchir, m’appuyer sur mes connaissances et envisager différentes pistes : c’est seulement lorsque mes doigts rencontrent le corps du receveur que j’obtiens une réponse.

AVANT LE PREMIER CONTACT

Observer et écouter d’abord

Avant même de toucher, j’observe la personne dans sa globalité et je l’écoute : sa posture, sa respiration, sa façon de bouger, de parler ou de se taire, mais surtout sa demande et son besoin du jour. Puis vient le toucher.

Lors d’une première séance, nous ne nous connaissons pas encore. Je ne demande pas à la personne de me faire confiance d’emblée : mes doigts et mes pressions apprivoisent progressivement les tissus. Mon geste cherche d’abord à créer un contact qui lui permette de se sentir respectée, rassurée et en confiance. Son corps peut alors répondre sans se mettre en alerte.

Observer et écouter d’abord.
Toucher ensuite.

SOUS LES DOIGTS

Ce que les tissus me montrent

Sous les doigts, un tissu en équilibre est à la fois souple et ferme. Ce sont les différentes textures et les réactions du corps qui guident la séance.

ÉQUILIBRE

Souple et ferme à la fois

Le tissu accueille la pression sans s’effondrer ni résister.

PLEIN

Dur, tendu, sensible ou douloureux

Quelque chose déborde.

VIDE

Le tissu cède sans résistance

Mes doigts s’enfoncent comme dans une motte de beurre : quelque chose manque.

S’ADAPTER À CE QUI EST PRÉSENT

Le corps ne se trompe pas

Je ne touche pas en cherchant à confirmer une idée préparée d’avance. Les questions que je pose et la demande du jour m’indiquent où commencer ; ensuite, ce sont le toucher, les textures et les réactions du corps qui font apparaître les liens et orientent mes gestes.

Mes connaissances en énergétique traditionnelle chinoise et en anatomie m’aident à explorer les relations possibles. Si une personne a mal à un endroit, je peux travailler directement cette zone lorsqu’elle le permet, mais aussi chercher les tensions et les compensations qui lui sont liées.

Je veille à ne jamais sursolliciter une zone : le meilleur est parfois l’ennemi du bien. Après avoir travaillé, je fais confiance au corps. S’il ne lâche pas, ce n’est peut-être simplement pas le moment. Je pourrai y revenir plus tard dans la séance ou une prochaine fois. On ne force jamais.

UN DIALOGUE SANS MOTS

Entendre la réponse du corps

Chaque pression est une proposition. Le corps peut répondre par un relâchement, une résistance, un mouvement, une modification de la respiration ou ne pas répondre tout de suite. Il peut recevoir ce que je lui propose maintenant, plus tard, lors d’une autre séance, ou ne pas le recevoir.

Mon rôle est d’écouter ces réactions sous mes doigts, d’ajuster continuellement mon geste et de respecter le rythme auquel le corps est prêt à avancer.

« Sentez-vous la différence entre ici et ici ? »

PARTICIPER À CETTE ÉCOUTE

La sensibilité transmet une information

Il m’arrive d’inviter la personne à sentir la différence entre un point en équilibre, un autre qui déborde et un autre qui semble vide. Certaines personnes la perçoivent nettement, d’autres non : les deux réponses sont parfaitement normales.

Un point sensible aujourd’hui peut inquiéter lorsqu’il ne fait habituellement pas mal. Pourtant, c’est une excellente nouvelle : quand l’équilibre change, le corps continue d’envoyer les bons messages. Cette sensibilité indique qu’un travail est possible et nous donne une direction claire pour l’aborder sereinement, sans nous tromper.

RETROUVER UNE CIRCULATION PLUS FLUIDE

L’image de la rivière

J’utilise souvent l’image d’un barrage de castor. Lorsque l’énergie circule, des nœuds, des branches ou des débris peuvent parfois obstruer son passage. Il ne sert à rien de reprocher à l’eau de mal circuler : il faut dégager ce qui l’entrave afin qu’elle puisse retrouver un chemin plus libre.

Les pressions cherchent ainsi à défaire progressivement ces barrages et à recréer du mouvement, toujours sans forcer ce que le corps n’est pas prêt à laisser partir.

ÉLARGIR LE CHAMP DES POSSIBLES

Relier plutôt qu’isoler

L’énergétique traditionnelle chinoise m’aide à comprendre les relations entre différentes zones et différents phénomènes. Une douleur dans le dos peut être liée à un ventre tendu. Une épaule peut souffrir à la suite d’une blessure au pied qui a entraîné des compensations.

Ces connaissances ouvrent des pistes. Elles ne remplacent jamais ce que la personne me dit ni ce que son corps exprime pendant la séance.

Découvrir l’énergétique traditionnelle chinoise
Les connaissances ouvrent des pistes.
Le corps donne la réponse.
Nami reçoit une pression de shiatsu sur un futon et lâche prise avec un sourire apaisé
Une pression intense, précise et libératrice : l’itakimochi.

痛気持ちいい · ITAKIMOCHI II

« Ça fait mal, mais ça fait vraiment du bien »

Le shiatsu ne doit pas faire mal. Il existe cependant une sensation qui peut être intense tout en procurant un bienfait immense : l’itakimochi, la douleur qui fait aussi du bien.

Le terme japonais complet est itakimochi ii - 痛気持ちいい. Il réunit itai - 痛い, « douloureux » - et kimochi ii - 気持ちいい, « agréable » ou « qui fait du bien ». Il exprime la coexistence, dans une même sensation, de la douleur, du bien-être et surtout du soulagement. Au Japon, cette sensation est recherchée pour la libération qu’elle procure.

Pour moi, l’itakimochi est l’essence même de la pression juste : celle qui va au cœur du blocage sans jamais aller trop loin, et qui lui permet de se libérer.

RESPECTER LA PERSONNE ET SES CHOIX

Le véhicule et la route

Je pratique le shiatsu que j’aimerais recevoir : un shiatsu qui ne juge pas le véhicule que chacun a reçu à sa naissance, mais qui aide son conducteur à avancer plus sereinement sur les routes qu’il choisit. Personne ne peut imposer à une autre personne sa vision du chemin qu’elle devrait suivre.

Chaque être possède son propre rythme, son histoire, ses forces, ses fragilités et sa manière de retrouver l’équilibre. Chaque vague suit sa voie et porte sa propre voix.

Le shiatsu écoute la voix de la vague.